Retour sur la Conférence : La Langue Arabe, entre Héritage et Modernité

Le 18 décembre 2025, à l’occasion de la Journée mondiale de la langue arabe, la FSIP a organisé une conférence magistrale animée par Mme Nedjma SID-AHMED, Professeure et cheffe du département de langue et littérature arabe. 

Ce rendez-vous, qui a réuni un large public en présentiel à Paris et à distance via Zoom, a permis de retracer l’épopée fascinante d’une langue devenue officielle à l’ONU en 1973 et célébrée par l’UNESCO depuis 2012.

1. Les Racines de la Langue : L'Héritage Sémitique

L’intervention a débuté par une analyse des origines. L’arabe, qui compte aujourd’hui environ 400 millions de locuteurs, puise ses racines dans la famille des langues sémitiques apparues vers 4 000 avant J.-C..

  • Le débat des origines : Bien que la parenté entre l’arabe, l’hébreu et l’akkadien soit scientifiquement établie, le lieu exact du “berceau” sémitique reste débattu : Croissant fertile, Syrie-Palestine ou Sud de l’Arabie ?

  • La grande migration : Un point clé a été abordé sur la généalogie des peuples. Suite à la destruction du célèbre barrage de Ma’rib au Yémen, les tribus arabes du Sud ont migré vers le Nord à la recherche de terres fertiles, fusionnant avec d’autres populations pour donner naissance aux “Arabes du Nord”.

2. L'Évolution vers la Langue Littéraire

Mme SID-AHMED a détaillé comment la langue a évolué des poèmes pré-islamiques (les Mu’allaqāt) vers la langue de communication universelle.

  • La prédominance de Quraysh : La langue de la tribu de Quraysh s’est imposée comme le standard littéraire. C’est dans cette langue, à la fois riche et comprise par tous, que le Coran a été révélé.

  • Diversité et malentendus : Une anecdote savoureuse a illustré les différences dialectales anciennes : un poète du Nord en visite chez un roi du Sud provoquant des malentendus linguistiques. Ces variations de prononciation (comme le phénomène du “cache-cacha” ou les modifications de lettres au féminin) existent depuis la Jahiliya et se retrouvent encore aujourd’hui de l’Algérie au Yémen.

3. L'Âge d'Or et le Rayonnement Scientifique

La conférence a mis en lumière l’importance de l’arabe comme vecteur de savoir universel à travers les dynasties :

  • L’époque Omeyyade : Un accent mis sur l’arabe “pur”, les enfants de la noblesse étant envoyés dans le désert pour acquérir une éloquence parfaite.

  • L’époque Abbasside (8 siècles) : Une ère d’ouverture et de traduction massive (du grec et de l’hindi). Le Calife Al-Mansour récompensait d’ailleurs les traducteurs en or, au poids des livres traduits. C’est à cette période que l’arabe a intégré des mots persans (comme baklava ou carrefour).

  • Influence Européenne : On oublie souvent que l’arabe était obligatoire pour s’inscrire dans certaines sections scientifiques à Oxford jusqu’au XIXe siècle, et que la Sorbonne a été créée pour concurrencer le prestige intellectuel des universités d’Andalousie.

4. Les Défis Contemporains : Fousha vs Dialectes

La dernière partie de la conférence a abordé les enjeux actuels et les perspectives pour 2025.

  • Le mouvement des dialectes : Mme SID-AHMED a rappelé l’histoire du mouvement (né vers 1880 avec des orientalistes et certains intellectuels syro-libanais) visant à abandonner l’arabe classique (Fousha) au profit des dialectes locaux pour rompre les liens culturels.

  • Réformes nécessaires : Malgré ces pressions, l’arabe classique reste le ciment de la culture. Cependant, des défis subsistent : la nécessité de généraliser la vocalisation des textes, la révision du vocabulaire technique et le besoin d’un accord général entre les pays arabes sur les réformes linguistiques.

5. Une Journée d'Échange et de Récompenses

En clôture, l’événement a souligné l’aspect vivant de l’enseignement à la FSIP.

  • Interactivité : Les étudiants ont pu poser des questions pointues, notamment sur la prononciation du “kaf” ou les traditions de récitation du Coran.

  • Tirage au sort : Pour marquer cette journée, un tirage au sort a récompensé des participants extérieurs  par des accès à des stages et cours annuels de langue arabe.

  • Hommage : Un vibrant hommage a été rendu au travail pédagogique de Oustad Nedjma, partageant le fruit de ses 40 années d’expertise avec la nouvelle génération.

En résumé

Cette conférence fut bien plus qu’une leçon d’histoire ; elle a été une démonstration de la résilience et de la modernité de la langue arabe. De ses origines dans les sables de la péninsule à son statut de langue scientifique mondiale, l’arabe continue de se projeter vers 2025 comme un pont essentiel entre les cultures.